Film sur Rebecca Horn à la galerie Lelong lors du vernissage.
« Buisson ardent » a été conçu par Rebecca Horn pour une exposition à Paris. Cette sculpture mécanique a été réalisée quelques semaines avant son voyage de l’artiste en Ouzbekistan, du 20 août au 6 octobre 2001. Comme un hymne à la paix.
« Des tiges de cuivre grimpantesdessinent un feuillage de clartébrûlent dans des nuits d’éblouissement la cendre dans les entonnoirs ascendants. » Du 20 août au 6 octobre 2001, Rebecca Horn, la grande dame de l’art contemporain allemand voyage en Ouzbékistan et s’installe à Samarkand. Invitée par un festival de musique soufi pour laquelle elle se passionne. Son but : la préparation d’un nouveau film. Quelques semaines avant son départ, elle venait d’achever une œuvre pour son exposition parisienne. Une œuvre qui prendra tout son sens à son retour en Europe. Une œuvre révélée. Comme appelée. Prédestinée. Une sculpture mécanique portée par les photographies prises par la plasticienne tombée sous le charme de cette cité de légendes et surtout exaucée par le merveilleux poème de son journal. « Tout est là », dit l’envoûtante artiste à propos des quelques lignes décrivant « Buisson ardent ». Tout est là, en effet. Les quatorze tiges de cuivre qu’elle a tordu de ses mains pour réaliser les branches. Et les trois entonnoirs de verre soigneusement remplis de charbon. Comme mêlés aux racines de l’arbre. A l’approche du spectateur, l’immense buisson à l’allure si fragile vibre, bouge. A peine. De quelques centimètres. Mouvements ascendants et descendant d’une parfaite précision. Mouvements rythmiques et cinétiques d’une rigueur extrême. Juste quelques secondes. Pour donner la vie, le frisson, l’élévation. L’événement. L’avènement. Pour insuffler l’âme. « Brûler ou ne pas brûler », poursuit l’énigmatique magicienne rousse dans un sourire. Jeux de mots. Jeux et liberté de l’esprit dans la continuité des surréalistes, de Duchamp, Keaton ou Beuys. Troubles de la vision, de la raison que ne cesse d’interroger ce chaman du réel toujours en quête de surnaturel. Née du célèbre passage de l’Ancien testament où Dieu apparaît à Moïse sous la forme d’une flamme de feu au milieu d’un buisson qui ne se consumait point, cette sculpture franchit et dépasse toutes les frontières religieuses. Télescopage des images. Des cultures. Des temps.
« Des flammes ardentes dansent sur le buisson d’épines ne consument pas les rameaux de la rose révélation sensuelle de l’incorporeldans la quadrature du cercle. » Syncrétisme, donc. Syncrétisme si cher à Rebecca Horn, qui culmine dans cette œuvre nourrie d’Orient et d’Occident. Où le cuivre et l’or peint sur les extrémités des branches rappellent aussi les fastes et la majesté de Samarkand la superbe, étape majestueuses de la Route de la Soie appelée autrefois l’ « Eden de l’Orient », le « Sommet étincelant de la Terre ». « J’ai été fascinée par l’harmonie et la beauté qui régnaient dans une école coranique détruite par les Russes, restaurée il y a une dizaine d’années…et puis, il y a aussi la cité des Tombes… », raconte l’artiste. Expérience ponctuelle mêlée à son répertoire personnel qui tend à l’universel. Où les aiguilles de métal, serpents phalliques, s’élèvent vers le ciel dans une écriture calligraphique à couper le souffle. Où le noir profond du charbon remplissant les entonnoirs incarne l’énergie latente, le ventre de la terre. Eros et Thanatos. Vie et mort. La vie triomphant de la mort. A jamais. Tel apparaît le fil d’Ariane qui excelle dans cette œuvre où la pensée combinatoire de l’artiste, son alchimie entre le sujet, le médium et la matière n’en peut plus d’exorciser la souffrance humaine pour crier toujours plus haut, toujours plus loin son amour de la vie, de l’énergie de la vie, de ce que les Chinois appellent l’ « élan vital ». Fée ou sorcière ? Qu’importe ! La superbe artiste rousse aux yeux divinement bleus répète plusieurs fois, « je ne veux pas faire de politique ». Pourtant, sa poésie la désigne et la dénonce. Comme dans « Le concert à rebours » (1987) réalisé dans une tour de Münster où eurent lieu des massacres nazis. Comme dans « Concert pour Buchenwald » installé à Weimar en 1999. Toute son oeuvre réagit aux catastrophes. Aux drames de l’Histoire passés ou actuels. « Buisson ardent », l’Immortel, l’Inconsummable, l’Intemporel, n’est autre qu’un hymne à la paix. Le 6 octobre 2001, Rebecca Horn revenait d’un voyage de sept semaines en Ouzbekistan. « Dans le silence les antennes des minarets s’unissent aux cimes voguantes des nuages glissent dans l’océan de la lumière. »
Photo tirée du site ssahn.com
“Rebecca Horn, L’Amour cosmique-fou du faucon rouge”, galerie Lelong, 13, rue de téhéran. 01 45 63 13 19. Du 14 mars au 10 mai.
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