Dans les Alpes du Sud, Erik Samakh a crée son paradis d’expérimentation et pactise avec la nature. Un art qui touche les mystères du monde.
Intervention minimale. Magie maximale. Pénétrer chez Erik Samakh, c’est un peu comme entrer en religion… ou en sorcellerie… Car ici, rien n’est visible ou presque. Entre terre et ciel, anges et démons veillent, fées et druidesses rôdent. Dans la forêt touffue ou entre les plantations de bambous. Au sommet des montagnes abruptes et noires ou dans l’onde ruisselante qui borde son domaine quant ils ne jettent un sort bénéfique aux ordinateurs peuplant l’atelier. Installé depuis sept ans dans les Alpes du Sud, son « paradis d’expérimentation », Samakh a conclut le plus beau des pactes avec la nature. Celui de l’aimer. La regarder. Et la comprendre. L’attention, l’écoute, l’échange et le respect nourrissent, en effet, cette œuvre qui ne ressemble à rien d’autre qu’à elle-même. Ici, rien n’est visible ou presque. Au loin, des sangliers courent le long de la crête. Un chamois s’approche de la maison. Si près. Et pourtant. Et pourtant, l’homme regarde, cherche, traque. Il marche, s’assoit, observe. Ecouter. Voir. Sentir. Comme Bonnard, faisant « provision de vie » lors de ses promenades du matin. Comme Miro admirant les astres pour y trouver son vocabulaire de signes infinis. Comme Monet scrutant les moindres recoins de son jardin. « C’est un mode de vie, une passion qui remonte à l’enfance. C’est le même style d’attention passé d’abord par la pêche, la vie des insectes, la mer, raconte t-il avec passion… je me souviens aussi de la forêt de Fontainebleau et des Landes… Mais, mes lieux de prédilection ont toujours été les mares, les zones de vie grouillantes développées grâce à l’eau ».
Ici, donc, ni toile, ni pinceau. Encore moins de sculptures, de photographies ou de vidéos. L’art de Samakh est autre. Merveilleusement autre. Il naît de la nature pour y revenir. S’y inscrire. A peine. Imperceptiblement. En passant par la technologie et le numérique qui lui permettent à la fois l’expérimentation, puis la magie. Car, par exemple, seuls restent dans la forêt, quelques flûtes, leurs capteurs solaires et des crochets. Et il suffit d’attendre. D’être là, présent. Au bon moment. Pour se laisser envahir par les sons mélodieux nés d’un rayon de soleil, du passage d’un nuage, de la vibration d’une branche. Par surprise. Et atteindre la grâce, l’ouverture, la communion. Elever son âme. Comme à la lecture d’un haïku Japonais. Comme face à une encre de Tal-Coat… Juste trois points sur une ligne…Pas d’émotion forte. L’émotion juste. Dans ce qu’elle a de plus léger, de subtil, de vibratile. « Le spectateur perd pied, explique Samakh. Il est déstabilisé car placé entre deux réalités, entre les sons de bases et les sons incrustés ». Tout est là. Pointé par l’écoute des harmoniques déterminées simplement par la longueur des flûtes. « J’interroge l’homme, sa mémoire, sa culture, et tente de l’amener à une culture plus universelle, lui donner un regard anthropologique ». Vivre la nature, le monde. Dans son mystère et son foisonnement. Dans ses gestes, ses échanges fondamentaux. Tel est le désir d’Erik Samakh.
Tel est le désir de ce « faiseur de sons », de ce chaman des temps modernes qui joue encore des subterfuges de la technologie pour donner naissance à des jardins d’oiseaux, de batraciens, de plantes ou d’insectes. « La lourdeur technologique m’empêchait d’avoir cette conscience du regard anthropologique. Ce que je revendiquais de légèreté était limité. Aujourd’hui, mes appareils sont très discrets et d’une grande simplicité générale ». A Chamarande, il a camouflé une trentaine de flûtes dans le parc du château. A Rio, il a marché une vingtaine de minutes, guidé par le soleil, pour trouver l’endroit perdu où fonctionnerait au mieux son installation. A Santiago du Chili, il a « noyé » le musée avec l’un de ses « Miroir d’eau », poussant son concept d’ « opéra biotope » dans ses retranchements minimaux. Reste le reflet de soi-même. Une boucle étrange et poétique. Une traversée du temps. De la mémoire. Des croyances aussi. Dérèglement des sens. «De la jungle de notre esprit…, dit-il, pour donner d’autres sensations, stimuler l’imaginaire ». Dans la main de l’artiste, un lézard. Son emblème. Son fétiche. « C’est l’un des premiers animaux qui a été prétexte à la découverte de la nature, lorsque j’avais cinq ans. C’est lui aussi qui m’a rendu attentif à « l’art du traqueur ». La moindre partie de l’animal vous renseigne. Il émet une trace sonore lorsqu’il se déplace, visuelle lorsqu’on le voit ». Dans le repère d’Erik Samakh, le « passeur », si proche de Gille Clément et Michel Blazy… intervention minimale. Magie maximale.
”Erik Samakh, Acceuil en résidence de l’artiste et présentation des installations”, Parc du Château, Domaine de Chaumont -sur-Loire. De juillet à décembre.
On peut écouter les « joueurs de flûte » d’Erik Samakh :
En France : - Musée-promenade Saint-Benoît, Digne les Bains. Tel. : 04 92 36 70 70. - Domaine départemental de Chamarande. Tél. : 01 60 82 25 32.; dans les Gorges du Riou à Saint Genis dans les Hautes-Alpes. En Italie : -A l’Ecomuseo Regionale Basso Monferrato Astigiano, San Tonco; Au Brésil - « les rêves de Tijuca », Parc du Musée de Açude, Forêt de Tijuca. Jusqu’au 28 mars.
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