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“Massive centrale”, la nouvelle et surprenante exposition d’Hubert Duprat au Centre d’art de l’île de Vassivière dans le Limousin du 05/07 au 25/10

mai 16, 2008 · Pas de commentaire

 

 

 

 

 

 

 ”Massive centrale”, l’exposition d’Hubert Duprat

Qui est Hubert ? Il est né en 1957. Il vit et travaille dans le Sud de la France.Il s’est fait connaître dans les années 80 avec son travail étonnant sur les larves aquatiques et des petits cailloux qui devenaient naturellement des paillettes d’or, des opales, des perles de toutes sortes !

Que fait Hubert ? Il est aussi rare que doué. Hubert Duprat se concentre depuis des années sur les relations entre la nature et l’artifice, la compacité et la transparence. Pour Vassivière, l’artiste réalise des sculptures expérimentales inédites à base de minéraux. (Pyrite, calcite…) ou même de pâte à modeler ou de blanc d’œuf ! Déroutement. Déroutement. Mais l’artiste est malin. Et génial ! Il va aux confins de la connaissance et de l’admissible. Ses œuvres pourraient même relever d’un cabinet de curiosité contemporain ! Au cœur de Vassivière Hubert dévoile une utopie aussi conceptuelle que merveilleuse.

 Que vois-tu à l’exposition ? Dans la nef du Centre d’art, six sculptures dont des petites sphères qui ressemblent à des globes oculaires, une énorme masse informe coupée en deux, une œuvre cylindrique faite de pyrite… Surprenant.Dans la salle des études, plusieurs tonnes de fuseaux de magnétites font jaillir de la lumière. Eblouissant.Dans le petit théâtre, il recouvre le plafond de mica noir et rouge. Tensions. Dans le phare, Hubert se réapproprie le lieu, réalise une sorte de petit théâtre avec un plateau composé d’une multitude de tubes en pvc. Tout devient à la fois lourd et aérien. Monumental.

 

 L’île de Vassivière

A une cinquantaine de kilomètres de Limoges, tout proche du plateau des Mille-Vaches, l’île de Vassivière accueille 20000 visiteurs par an et pourtant garde tout son mystère. Entre tourisme et art contemporain, les tentations de ce lieu inestimable sont innombrables .Pendant trois ans, le directeur du Centre national d’art et du paysage, l’ancien directeur Guy Tortosa, y a développé un travail dans, avec et pour la nature.Decouvre tout d’abord l’ile. 

C’est d’abord une île. Une île où l’on accède par une digue unique qui enjambe le lac. Une île mystérieuse, si singulière et isolée. Une île luxuriante où le regard se perd dans la contemplation d’une eau pure, et rebondi de vallons en montagnes quand il ne s’arrête sur les zones ombragées des forêts denses du Limousin ou celles, nourries par la lumière des clairières et des tourbières. “ Les yeux sont le lieu du paysage. Magnifique homophonie des “ l’yeux ” ”, écrit Guy Tortosa, prolixe sur ce majestueux Pays de Vassivière, sur son pays, car originaire de la Corrèze voisine. Et le directeur d’un des plus célèbre centre d’art contemporain de France de parler de cette nature qu’il aime tant et où il est revenu,  il y a trois ans, “ pour lui rendre ce qu’elle m’avait donné puisque c’est grâce à son paysage fort que j’ai développé ma sensibilité artistique ”. Tortosa a aimé à éveiller les sens du visiteur.  Désembuer la vue. Regarder les arbres qui s’agenouillent dans le lac, les genets s’embraser au printemps. Revisiter les fondements. L’espace, la terre, la lumière, l’eau,  l’air. Pour réconcilier l’art. La nature. La vie.

 Découvre aussi l’île et ses oeuvres d’artistes. 

C’est encore dans l’île. Une île où au détour des chemins le promeneur découvre les œuvres d’un parc de sculptures crée en 1983 et où, grâce à Dominique Marchès, l’ancien directeur du Centre pendant près de douze ans, se croisent les œuvres de Michelangelo Pistoletto, Alain Kirili, Peter Barclay, Andy Goldsworthy, David Nash, Bernd Lohaus… Mais bien plus encore. Depuis sa prise en charge du centre d’art,  Guy Tortosa  a travaillé avec des artistes, amis  fidèles avec qui il partage sa passion du domaine du vivant, des jardins et des paysages. Rien à voir donc, cette fois, avec un musée à ciel ouvert.  Mais plutôt avec une recherche de l’ordre du “ brassage ”, “ des croisements ” et de “ l’aménagement du territoire ”.  La magie œuvre. Des sons naissent dans les arbres. Ici. Puis là. Ailleurs. Une mélodie acoustique un peu sombre, comme un chant zen qui appelle à la méditation. Ravies par la lumière, les flûtes solaires d’Erik Samakh chantent. Pas d’émotion forte. L’émotion juste. Dans ce qu’elle a de plus léger et de plus grave. Des sons comme un appel. Une musique encore jamais dite. Plus loin, sur une parcelle de terrain anéantie par la tempête de 1999, à la fois plantation et installation artistique à développement durable, Samakh a  également réussi le très beau projet de  planter 2500 arbres et arbustes, grâce à  l’aide, notamment, de la population locale. Non seulement son but est de modifier  visuellement le paysage, mais aussi d’enrichir le potentiel génétique de l’île. En essences, en insectes, en oiseaux. A ce que Samakh appelle un “ opéra biotique ”, qui anime ce bois “ sacré ”, répondent les “ graines de lumière ” qui scintillent et clignotent la nuit éparpillées au sommet d’arbres postés aux abords du lac. Désirer la magie. Oser le paysage comme une œuvre. Rêver la nature. L’aider à se faire belle. Et pourtant.

 Sous la beauté existe un paysage blessé 

Et pourtant, cette terre de légende où se conjuguent les créations contemporaines, les contes, la tradition culinaire et où se développe un tourisme galopant, cette île piétonne aujourd’hui site classé est un lieu totalement “ anthropisé ” expliquait Guy Tortosa. Car l’île de Vassivière est née en 1951, lorsque les eaux du barrage EDF ont recouvert la vallée supérieure de la Maulde et ses huit villages par 106 millions de m3…Sous l’ “ authentique ”, le traumatisme. Et un paysage blessé dont témoignent d’ailleurs  certaines sculptures du parc réalisées avec les pierres des maisons ou du moulin englouti ou positionnées face aux maisons immergées… “Ce lac est le produit de l’industrie des hommes dans la deuxième moitié du XXème siècle. Le pays de Vassivière est un mélange de naturalité et d’artificialité ayant produit ce paysage mixte, singulier et pourtant représentatif de notre époque ”, expliquait Guy Tortosa, qui toujours optimiste, poursuit, “ Il y a du sublime dans le naturel, il y a aussi du sublime dans l’artificiel ”.Restent alors 70 hectares à occuper pour ne pas “ verdir idiot ” disait son prédécesseur  Dominique Marchès. Et grâce à la politique des Grands travaux  des années 80,  la construction du Centre d’art se voit confiée aux célèbres architectes Aldo Rossi et Xavier Fabre, qui élèvent, en 1989, sur le plus haut sommet de l’île, un ensemble inouï : un phare et, dans son prolongement, une sorte de nef où ils logent, espaces d’expositions, bureaux, ateliers d’artistes, librairie, bibliothèque et une cafétéria avec vue sur le lac… devenus malheureusement, aujourd’hui, bien étroits. 

 Sur l’île, un lieu d’expositions pas comme les autres 

 Depuis les expositions se virent multipliées. Mais outre ces dernières, ce sont d’autres projets qu’a apporté Guy Tortosa dans ses bagages remplis d’autant d’intelligence, d’expérience que de poésie. D’abord celui de développer ce qu’il appelle le concept de “ culture équitable : la nécessité qu’il y a, à l’échelle d’un pays, d’envisager une juste répartition des richesses ”. Et d’engager une réflexion de nature paysagère concernant l’ensemble de l’île. Dans cette optique, ce spécialiste des relations entre art et nature désire également “ re-dynamiser la vie du pays ”. Et avec son enthousiasme, sa passion, son obstination et sa générosité, cet intellectuel pas comme les autres y est parvenu. En consacrant tout d’abord son arrivée au centre d’art par un dynamitant “ c’hybert rallye ” organisé à l’initiative du plasticien Fabrice Hybert. Deux jours de folie et de fête avec la nombreuse collaboration des habitants de la région qui célébrèrent ce vernissage explosif. Autre événement, le démontage publique et ludique du mikado géant “ Small noise ” de Michael Dans. Et déjà une prise de conscience des dégâts mais aussi du renouveau qu’a pu apporter la tempête de 1999 analysé par Gilles Clément lors d’une exposition de groupe. Puis ce sont les échanges avec le village espagnol de Bénifallet organisé par Betty Bui et Gilles Coudert où se sont multiplié les activités artistiques et culturelles. Et encore le diaporama le Pierre Leguillon installé sur un bateau-mouche. Bref, les initiatives ne manquent pas pour renouveler les expériences et faire partager l’art à tous. Mais Guy Tortosa aimait aussi particulièrement, on l’a vu,  les projets à long terme. Il a travaillé avec l’artiste Michael dans sur un projet rural et avec l’ingénieur agronome Gilles Clément sur une Charte paysagère concernant l’ensemble du pays de Vassivière. Son désir : “ développer sa sensibilité mais aussi sa conscience pour inventer peu à peu d’autres manières d’être au monde ”, disait-il. Guy Tortosa était en quête d’une nouvelle “ vitalité ”, toujours inspiré par Deleuze, merveilleux fantôme du plateaux des Mille-Vaches.

 Ile de Vassivière, 87120 Beaumont du Lac. 05 55 69 27 27. www.ciapiledevassiviere.com images : www.tourisme-creuse.com; www.culture-routes.fr; www.art-kerguehennec.com

“Massive Centrale. Hubert Duprat”, Centre international d’art et du paysage de l’île de Vassivière. Du 6 juillet au 25 octobre. A lire le catalogue de l’exposition

Catégories : expos en province · photo
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