Septembre 1925. Frida Kahlo, 17 ans, est victime d’un accident de bus d’une violence innouie. Le corps broyé, la jeune mexicaine reste clouée au lit pendant deux ans et sera condamnée à porter un corset jusqu’à la fin de ses jours. Bien sûr, elle tire un trait sur ses études de médecine. Mais bientôt l’envie de dessiner la surprend. Puis celle de se baigner dans la couleur, s’en imprégner, l’absorber. Pour que “le monde s’éclaire”, dit-elle. Surgissent ainsi ses premiers autoportraits, nés d’un miroir obsédant, placé dans le ciel de son lit à baldaquin. Et la peinture émane de la souffrance, douloureusement, laborieusement. Elle sera dès lors un échappatoire à son calvaire, une façon d’exister, d’exorciser ses épreuves. A 22 ans, la belle Frida tombe sous le charme d’une sorte de Rodin mexicain, Diego Rivera. Cet ogre de 20 ans son aîné, imposant, scandaleux, “mythique ou mythomane” selon Elie Faure, fait entrer dans sa vie un souffle spirituel, impétueux, ravageur comme une tempête devant laquelle tout frissonne et se plie, mais tout s’anime aussi. Leur mariage est tumultueux. Richement bohème et révolutionnaire, le couple divorcera puis se remariera. Car plus fort que tout, leur dénominateur commun, la peinture, les relie : lui peignant à son échelle, monumentale, tourné vers l’extérieur, le social; elle, à des proportions réduites, tournée vers l’intérieur, l’espace du dedans. Frida expose à New York en 1938 puis à Paris en 1939. Telle une Princesse de légende, parée de bijoux et de robes chatoyantes, elle s’entoure très vite d’une foule d’admirateurs, et pas des moindres : Duchamp, Picasso, Kandinsky… Classée par Breton parmi les surréalistes, l’artiste lui rétorque qu’elle peint non ses rêves mais “sa propre réalité”. Cela, sans le moindre désir de gloire ou d’ambition, “pour se faire plaisir surtout”. En tous cas, pour la première fois peut-être, un peintre a exprimé une psychologie, une sensibilité, des sentiments exclusivement féminins : la naissance, l’avortement, sa maternité inassouvie, et “s’arracha sein et coeur pour dire la vérité biologique qu’elle sent en eux”(Rivera). Partout elle sème sa signature rouge sang, symbole de vie et de douleur, de passion et de mort. Partout aussi, des rubans, des cordelettes dans sa coiffure, autour de son cou l’enlacent comme autant de veines pourpres. Et toujours coulent les larmes du désespoir.
“Frida Kahlo”, Museum of Modern Art, 151 Third Street. Tél. : 4153574000.San Francisco. www.sfmoma.org

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