Peter Doig a 49 ans et ses prix grimpent, grimpent, grimpent !Mais il ne faut pas se fier aux apparences. Peter Doig n’est pas une mode. Ou un effet de mode. C’est tout simplement un peintre. Un excellent peintre. De ceux qui vous donnent envie d’approcher la toile. De l’effleurer. De la toucher. Presque de s’y baigner. De rentrer dans la couleur. La boire. S’en enivrer. « Un tableau n’est pas fixe, immobile comme une photographie…. Peindre c’est s’avancer sur une surface, s’y perdre, se perdre soi-même, aller au-delà de soi, marcher sur une étendue déserte et s’y laisser engloutir physiquement », dit l’artiste. Et c’est exactement cela. Dans ses toiles immenses, le visiteur se retrouve face à des paysages sauvages. Presque vierges. Qui virent souvent à l’abstraction. Car ce sont les jeux des lumières, des couleurs, des textures qui intéressent Doig. Pour que « le travail devienne un autre monde ». Et laissez vous envahir et vivre dans cet ailleurs magique et magnifiquement incommensurable.
“Peter Doig”,Musée d’art moderne de la ville de Paris/ARC, 11, avenue du Président Wilson, 75116 Paris. Tél. : 01 53 67 40 00. Du 30 mai jusqu’au 7 septembre. Voir www.mam.paris.fr
Un accueil chaleureux,un jeune homme d’une gentillesse incomparable qui vous donne des explications tout au long du repas ! Que demander de mieux lorsque l’on pénètre l’antre du Laboratoire où l’on se demande à quelle sauce nous allons bien être mangés ! Mais Thierry Marx, 2 étoiles au Michelin, et David Edwards, directeur du Laboratoire n’ont rien laissé au hasard.Mise en scène fabuleuse de vidéos réalisées par Mathilde de L’Ecotais qui décorent les tables de manière ultra-contemporaine, explication des expériences in situ par des étudiants plus qu’efficaces, un service précautionneux pour nous faire comprendre tout ce qui se passe autour de nous et dans nos plats ! Une expérience qui se veut donc belle et savoureuse. Un moment d’émotion, d’étonnement, d’expérience.
A 46 ans, Thierry Marx, propose donc dans ce nouveau lieu de l’art contemporain la dégustation d’un menu où il invente des « perles de saveur », des petites billes minuscules où sont emprisonnées les produits à l’état pur comme le homard, le chou-fleurs ou la vanille. Sa cuisine moléculaire étonne mais ravit. Où en trouve t-il son inspiration ? Peut-être au Japon,où ce parisien de Belleville vit trois mois par an. Et le voilà lancé vers de nouvelles aventures avec des chercheurs de l’Ecole de physique et chimie de Bordeaux et Harvard, et sa collaboration avec Jérôme Bibette du Laboratoire de physique et de Chimie de Paris. Tomates cubiques injectées de mozzarella liquide en entrée, bœuf carotteavec sa viande frappée hyper zen en plat de résistance et dessert avec des billes de mangue, évidemment. Pour conclure l’expérience, un café et son « whif », une inspiration toute en douceur de particules de chocolat à travers un tube genre cigare. Le grand chef conçoit qu’il en est encore au stade expérimental mais que tout sera au point et commercialisable d’ici l’année prochaine. « Dans la sphère de Thierry Marx », nous dégustons bien de la cuisine mais frôlons avec délice la science-fiction !
« Le Laboratoire. Dans la sphère de Thierry Marx »,4, rue du Bouloi, 75001 Paris. www.lelaboratoire.org.
Hervé Di Rosa, Pierrick Sorin, Kimiko Yoshida, Fouad Bellamine, Damien Aspe, Marina Fédorova, Damien Cabane
Nous avons accueilli des acteurs d’Artparis: galeristes, artistes, critiques d’art, collectionneurs, éditeurs d’art, commissaires d’exposition…Le principe de ce projet : la réalisation d’un film d’interviews de personnalités de l’art contemporain présentes à Artparis. Ces entretiens seront réunis dans un DVD. Ces intervenants de l’art contemporains ont été interviewés et filmés en répondant à la question:« Qu’est ce qui vous a ouvert les yeux à l’art ? » . En référence au souvenir de l’enfance qui a déclanché leur vocation pour les arts.
Nous n’avons oublié personne mais internet nous oblige à une petite sélection.
La Maison Rouge, son directeur, Antoine de Galbert, Jean-Paul Bath, directeur du groupe ArtActuel, Braim Alaoui, commissaire de l’exposition “Traversées”, la directrice d’ArtParis, Caroline Clough-Lacoste et le directeur artistique Henri Jobbé-Duval, East West Fund Contemporary Art : Samir Sabet d’Acre.
Galerie JGM, Jean Gabriel Mitterrand ; Galerie lelong, Jean Frémon ; Galerie Obadia, Nathalie Obadia; Renaud Bergonzo de la galerie Acte2, Daniel Templon, Eric Dupont, Albert Benamou, Odile Aittouares
Christine Barbe travaille actuellement la photographie, la vidéo et le dessin. En continuité avec son travail de la peinture (voir article ci-dessous).
Aujourd’hui, Christine travaille surtout la photographie et le dessin. Et jongle toujours entre la réalité et l’abstraction, la vie réelle et la vie rêvée. Elle aime le travail sur la manipulation de la mémoire. Les litanies et les différents états de l’être. Avec la sophistication qu’elle s’amuse à manipuler, contredire, falsifier. Le bic qu’elle travaille avec perfection et qu’elle « abîme » avec de l’alcool pour réaliser des effets fabuleux.…. Mais encore la photographie où elle multiplie les superpositions, les enchevêtrements, les montages, les collages numériques… Car la plasticienne malmène la technique pour mieux multiplier les errances mentales, laisser partir l’imagination, se complaire dans la fantasmagorie. Où interviennent comme des refrains le corps, la ville, la nature.
Comme dans ses dernier sujets consacrés aux « Jeux d’eaux » et aux « Eblouis » qui apparaissent comme de pures déconnexions de l’esprit. Christine touche le monde de la rêverie pure, de l’apparente sérénité intérieure. Les reflets de l’eau, les corps flottant dans ce plaisir de la décontraction, les visages vus du dessus, comme lissés, sereins. Le tout dans des couleurs superbes et subtiles mais fortes, où se conjuguent les turquoises et les safrans. Où l’on pourrait enfin croire à la beauté sublime du moment. De l’éternité …Mais derrière ses si belles et attirantes apparences, derrières les violines peut-être repoussantes, se cache toujours le sentiment de l’ambiguïté, quelque chose de magnétique et de toujours anxieux. Angoissé.
Sa série « Glam’food » exacerbe totalement ses oppositions intrigantes, ses jeux sur l’insolite, le ludique voire le grotesque qu’elle adore. L’artiste photographie de la nourriture, des petits fours aux restes de plats qu’elle recompose dans desphotographies très élaborées.Avec des images prises la nuit. Dans le mouvement, la vitesse. Le tourbillon. Et la nourriture apparaît si bien travaillée, retravaillée qu’elle prend une autre dimension. Une autre vie. Qu’elle n’est même plus de la nourriture mais un élément de composition parmi d’autres d’une image photographique. Pour donner à voir une nouvelle entité totalement étonnante et inoubliable qui joue avec les limites de l’attraction-répulsion. Comme autant d’empreintes incongrues ou de paysages artificiels.
Et sa série de visages. Si particulière. Tellement éblouissante et si inquiétante. Où les yeux et la bouche, les endroits communicants se retrouvent habités, occultés par des éléments d’une nature luxuriante. Ici, Christine pousse au bout l’enfouissement. L’empêché. Fini l’expression. Arrive la pétrification. Mais d’une manière si poétique…Où les couleurs et les images de la nature, des verts émeraudes aux rouges incandescents contrastent avec la blancheur de la peau du personnage. Comme dédoublé.
Ses dessins relèvent du même combat. De la même obsession. Ici la vitesse devient rapidité et audace du trait. Toujours entre la perfection et la subversion, la plasticienne le triture au point même parfois de le faire disparaître. Laver. Délaver. Elle le désagrège pour mieux en trouver l’essence. La quintessence. Et ce sont ses souvenirs de ses derniers voyages à Los Angeles, qui se retrouvent malmenés sur le papier. Ces arbres qui la fascinent, les palmiers balisant les routes comme des marquages improbables. Ces morceaux artificiels de verdure emprisonnés dans l’urbanité de la ville.
Enfin, ses vidéos, toujours de petits films très courts transportent le spectateur dans de véritable voyages en surimpression. Ils mélangent les expériences des séjours à l’étranger de l’artiste comme dans la vidéo « Paris - Los Angeles » (ci-dessus) où les deux paysages urbains se confondent dans un mouvement et un rythme où identité et culture s’entremêlent.
Christine Barbe aime tellement les textures, les images, qu’elle ne peut s’empêcher d’en jouer, d’en déjouer au maximum pour mieux appréhender les choses et le monde. Comme pour mieuxtoucher, comprendre « la condition humaine ».
Le travail de Ch. Barbe a fait l’objet de nombreuses expositions à travers le Monde ; il a été présenté dans des expositions Muséales, en France au Musée d’Art Moderne de Grenoble, au Japon au Musée d’Art Moderne de Tokyo, au Etats-Unis au Musée d’art contemporain de San José, à l’espace d’art contemporain P. Ricard à Paris, au couvent des cordeliers à Paris. Ses œuvres figurent dans de nombreuses collections privées aux USA, au Japon, en Europe, ainsi que dans les collections permanentes de Musées et Fondations.
Article paru dans le magazine “Paris sur la Terre” par Anne Kerner : “Christine Barbe, d’une terre, d’un ciel, d’une ville, l’autre”.
Dans son atelier de l’Oise, Christine Barbe saisit le corps et l’esprit dans tous leurs états. Formidablement moderniste, l’artiste jongle des matières, des supports et des médias. Visite dans l’antre d’une belle ensorceleuse.
D’une terre, d’un ciel, d’une ville, l’autre. De Grenoble à Paris en passant par l’Afrique du Nord, New-York et un petit port de Hollande, Christine Barbe n’en finit pas de travailler sur la mémoire. De capter le souvenir. De le manipuler. Et de le transmettre. Dans son immense atelier blanc de l’Oise, au milieu d’une nature verdoyante, la jeune femme brune dévoile ainsi le corps et l’esprit dans tous leurs états. Posées le long des murs, ses toiles de tous formats laissent apparaître un univers à la fois sobre et foisonnant. Gestuel, vibratile, rythmique. Où elle ne cesse de pervertir le “bien-faire”, dit-elle, comme pour toujours perdre la chrysalide d’une bonne éducation”. Sur ses grands tréteaux, à même le sol ou sur des étagères, des multitudes de pots de colles, de peinture aérosol, d’acétone. Et encore des boîtes à outils débordant de marteaux, de clous et d’outils en tous genre. Même les armoires gigantesques éclatent de rouleaux de papier, de cadres, de livres d’arts. A l’intérieur d’une porte, une image de son ancien atelier parisien de la rue du Perche, dans le Marais. Posé sur une table, son appareil photo attend un visage, un corps à portraiturer. Un peu plus loin, ses notes à portée de main : “faire un essai avec le graphite”, “tout le fond rouge”, “appliquer le même bleu mais très blanc dessus”. Expériences et manipulations.
Nourrie par ses fascinantes et si contraignantes études de gravure dans sa ville d’origine, Grenoble, c’est dans le magnifique village marocain d’Asilah noyé entre le soleil et la mer, que Christine Barbe découvre les monotypes. Premières libérations. Premières interventions du hasard qui lui est si cher. Puis c’est à New York qu’elle parfait sa technique dans des collages disloqués, sans cesse déformés et redéformés qui s’attachent à saisir le moment ou l’instant. Premiers travellings et jeux d’écritures, aussi. La lumière de l’Afrique du Nord l’avait convertie aux couleurs. Ici sourdes, stridentes, primaires, jonglant des transparences, expressionnistes à n’en plus finir, elles expriment dans des “patchworks” comme les appelle l’artiste, les échanges humains “dans des sortes de clichés”. A son retour en France, en 1989, son travail se transforme et glisse doucement. Sa culture européenne, longtemps, peut-être trop longtemps mise entre parenthèse, la saisit, la bouscule et l’interpelle. Les attaches remontent et l’enlacent définitivement. Sa palette s’adoucit pour atteindre une quasi monochromie. Désormais, seuls les argents et les ors osent s’embraser entre les noirs et les blancs. “J’aime les couleurs alchimiques qui changent de point de vue selon qu’on les regarde”, explique t-elle. Nuances et métaphores.
Métamorphoses surtout. Car Christine Barbe jongle de toutes les matières, de tous les supports, de tous les médias. De la fresque à la pierre des pavés en passant par les toiles, les sérigraphies, la photographie et la vidéo, elle n’en peut plus de mêler la tradition à la plus pointue des modernités. Car rien ne l’embarrasse. Rien ne lui fait peur non plus. Comme un explorateur un peu fou parti en campagne, en faisant “un pas en avant, deux pas sur le côté”, dit-elle en mimant les gestes, elle avale et incorpore à ses recherches tout ce qui peut atteindre son but : “le travail sur l’identité… le déploiement de l’image, l’arrêt de la narration, les visions entrecoupées. Mes recherches se concentrent sur la mémoire et sa manipulation du souvenir, mais également sur son devoir de transmission”, dit l’artiste. Et la voilà qui transfère, recycle ses propres images photographiées ou numérisées devant son ordinateur. Puis vient l’ouvrage dans l’atelier sur des fonds de toiles ou de papier comme de veilles fresques ou d’anciens vestiges. Grattées, griffées, trouées. Et la perversion se poursuit. A tout prix. Au sol. A la Jackson Pollock ou Anselm Kieffer. Christine Barbe gicle, éclabousse, laisse son geste porté par le courant et réagit. Laisser. Faire. Elle dessine encore à plat avec une pipette et saupoudre le graphite quant elle n’incorpore du blanc de Meudon dans les reliefs et n’ajoute de la résine pour mieux voiler, dévoiler ses portraits. Pire encore, la jeune femme poursuit sa construction-destruction pas un lavage au jet qui se termine enfin dans l’extrême douceur d’un ponçage. Patience et violence. Miracle d’une apocalypse.
Ici dedans-dehors, dessus-dessous, c’est le même combat. Naissent alors de l’enfouissement et des perturbations intolérables des échanges, des mutations, des palimpsestes inimaginables. Le corps se révèle peu à peu dans tous ses états. “Comme un feux follet, -qui- simulacre une sorte de transe saccadée, galvanisée”, écrit l’artiste. Ici apparaissent, disparaissent, comme en lévitation les “corps énigmatique, corps du dépassement, corps de performance, corps imaginaire” qui tapent, courent, hurlent, se libèrent, frappent encore comme pour sortir de l’écran, du cadre, de l’espace dont ils sont prisonniers. Elle décompose ainsi le mouvement. Image après image. Le geste ralentit. L’air s’allège. Dans son imperturbable recherche “du côté d’un sentiment des êtres et des moments de la vie”, écrit Yves Michaud, la jeune femme s’en prend aux images, aux symboles et aux signes qu’elle mixte, malaxe, et transfuge. Elle conjugue tradition et subversion pour mieux capter les “états multiples de l’être” selon René Guénon ou les “sentiments à l’état naissant” selon Nathalie Sarraute dans Le portrait d’un inconnu. Christine Barbe vit formidablement l’art présent en s’abreuvant du passé. C’est sa force et sa loi.
Patti “in live” à la Fondation Cartier le 27 mars !
Que vois-tu à l’exposition ?
Salon de cuir comme chez elle dit-elle, pour rentrer encore plus dans l’intime. Son intimité. Et tout autour des photos prises par son fameux Land 250 qui ne la quitte jamais. Comme son look. Inébranlable. Egérie. Figure emblématique en jean chemise blanche et gilet d’homme. Elle bouge dans tous les sens. Ne s’assoit jamais. Laisse ses cheveux lui cacher le visage. On la croyait chanteuse ! Et elle est bien plus ! Cette fille de Chicago, passionnée par Rimbaud et la culture française, s’installe en 1969 au Chelsea Hotel avec le non moins célèbre photographe Robert Mapplethorpe, son amour de jeunesse. Elle s’abreuve alors de poésie et de rock’n’ roll. Presque tout le monde connaît ou devrait connaître son album « Horses » qui reçu le grand prix du disque en 1975. Elle devient alors l’éffigie féminine de la scène rock. 1977 est une mauvaise année. Avec un grave accident de voiture. Patti se plonge dans l’écriture et le dessin. Deux ans plus tard le bonheur revient avec son mariage avec le musicien Fred Sonic Smith. A sa mort en 1995, l’artiste reprend l’appareil photo qui lui procure un « sentiment de libération ». Ses sujets ? Des choses et des êtres chers à son cœur. Les pantoufles de Mapplethorpe, le lit de Virginia Wolf ou les couverts d’Arthur Rimbaud.
Et tout à côté, des dessins frôlent ses travaux photographiques. Comme un murmure. Un chant doux et mélodieux. Fins, raffinés, calligraphiques. Décidemment, on se laisse aller sur sa voix vibrante qui ne cesse de nous envahir pendant la visite de cette oeuvre foisonnante et intense, en regardant une vie remplie de trésor et réalisant des trésors. Pour transmettre de toutes part et sous toutes ses formes sa passion des mots.
Ne ratez pas les soirées nomades avec Patti en personne !
« Patti Smith, Land 250 », Fondation Cartier, 261, boulevard Raspail 75014 Paris. Tél. : 01 42 18 56 50. Du 28/03 au 22/06. Voir www.fondation.cartier.comCourtesy Patti Smith.
A voir : “Patti Smith : Dream of life”, de Steven Sebring (2008). sur Arte le 25 mars à 23 heures : un portrait intime de Patti Smith. Magique !
Un café, tout à côté de sa galerie, rue Vieille du Temple, à l’ombre des jardins du musée Picasso. Pierrick Sorin commande un pastis et s’assoit. Juste avant de reprendre son train pour Nantes où il vit et travaille. Aller-retour sur Paris. Pour rajouter deux nouvelles pièces à son exposition. C’est l’heure du déjeuner. Le café bat son plein. “A Paris, j’ai du mal à m’habituer à ce qu’il y ait des gens partout. En tant que fils unique, j’ai été habitué au calme… c’est pour cela que je travaille dans un ancien entrepôt de produits pharmaceutiques, très spartiate au quatrième étage sans ascenseur », précise t-il. L’artiste que se disputent les musées et les institutions de toutes sortes et dont l’emploi du temps est rempli jusqu’en juin 2001 baille de fatigue. Et s’excuse : “Je n’ai pas encore mangé”. Guère dormi non plus, apparemment. On ne sait d’ailleurs pas trop s’il faut croire à sa timidité pleine de charme, si touchante. A son sérieux. Son angoisse. A son regard et sa silhouette un peu beau ténébreux…
Ses oeuvres
Car dans ses oeuvres, le vidéaste prestigitateur se donne une réputation sulfureuse et exhibitionniste pleine d’humour et d’auto-dérision comme la « figure fragile tout à la fois bouffonne qui s’acharne parfois aux pires bêtises, souvent sadiques », écrit Elisabeth Milon. Docteur Jekill et Mister Hide ? En tous cas, son image virtuelle miniaturisée n’en fait, en effet, qu’à sa tête ! Son “Mini Sorin” holographique court en slip et chaussettes sur un vieux tourne disque quant il ne dévoile nu avec l’aide d’un traversin les 147 positions du kamasutra ! Une autre fois, dans la maquette d’une chambre à coucher, l’artiste solitaire écoute, épuisé, son répondeur. Depuis ses “Réveils” en 1988, où il se filmait tous les matins promettant de se coucher tôt, à son oeuvre monumentale pour Carcassonne et son projet pour une galerie marchande de Pau où il surprendra les acheteurs au détours des rayons, en passant par Beaubourg, l’artiste d’à peine quarante ans joue sans cesse sur le fil du rasoir. Entre l’invraisemblable et le crédible. Entre la monstruosité et l’humanité. Entre le pathétique et le loufoque. Entre cynisme et nostalgie. “Il faut avant tout que le spectateur soit pris à partie, soit par la modification de ses repères, soit par différentes formes d’agressivité. Car l’agressivité a des côtés salvateurs”, explique t-il. Ainsi nourri par les bandes dessinées, les “Charlots” et autres” Laurel et Hardy” ou Buster Keaton de son enfance, le vidéaste jongle avec notre quotidien dans sa multiplication d’auto-mises en scènes. Las de son images ? “Il semble que je peut passer ma vie à faire ce travail sans que cela soit répétitif. Je me demande ce qui se passera lorsque j’aurai 75 ans et que je me mettrai devant la caméra. Ce sera peut-être complètement ridicule !” dit-il en riant. Intéressé par les longs métrages ? “Je suis plutôt du côté des peintres et des écrivains au niveau de l’attitude de travail qu’au niveau des cinéastes. C’est d’ailleurs pour cela que je me filme moi-même. Ce n’est pas un besoin ni un plaisir… parce qu’une fois la conception et le montage vidéo au point, au moment du tournage, j’arrive sur les genoux !”.
Un déstabilisateur du réel
Pour déstabiliser le réel, Sorin joue de toutes les stratégies, de toutes les pitreries, de tous les subterfuges. Dans ses saynètes, il déforme son visage, se déguise, se ridiculise, fait l’idiot, parle, avoue, se confie, s’interroge, se critique, modifie sa voix, se regarde ou vous regarde. Droit dans les yeux. Il devient tantôt grossier ou timide, roublard ou crétin, quant il ne s’invente un frère ou met en scène père et mère ! Ici ca grince et ca dérange. Ici la vidéo se métamorphose en boîte magique où la réalité glisse, dérape, perturbe et trouble. Le spectateur se perd. Ne sait plus. Ne sait vraiment plus. Où est le vrai du faux, le dedans du dehors. Il sait seulement qu’il aime ça. Il aime regarder les petites histoires miraculeuses et pourtant sans complaisances de l’artiste vidéaste. Tout simplement, parce qu’en se regardant lui-même, celui-ci questionne l’autre. Son pastis fini, Pierrick Sorin s’en va. Direction Nantes. Restent ses oeuvres. Magiques.
Photos tirées du site de Pierrick Sorin avec son accord (”j’aime bien être recopié…”)
“Pierrik Sorin”, Centre des Arts d’Enghien. Du 17 avril au 29 juin.
Qui est Valérie ?Valérie est née en 1969 à Paris. Elle est diplômée de l’Ecole d’art de Cergy Pontoise. Elle est à la fois plasticienne, écrivain et vidéaste. Elle adore utiliser tous les moyens d’expression pour explorer les infinies possibilités du langage. Elle a reçu un le Prix du deuxième roman pour L’Agrume, un récit autobiographique sur la solitude.
Ses films ?Des histoires du quotidien. Celles de tous les jours. Qui viennent. Reviennent. Sans cesse. Si familières et finalement si troublantes qu’elle fait souvent mettre en scène par des comédiens. Regarde les vidéos de Valérie, tu en apprendras un peu plus sur toi-même.
”Valérie Mréjen : la place de la Concorde”,Jeu de Paume, 1, place de la Concorde. Du 15 avril au 15 juin. Voir www.jeudepaume.com
Les Selfs-Hybridations d’Orlan. Une recherche que l’artiste mène depuis 20 ans déjà. Une recherche approfondie. Fondamentale. Qui ne cessent de parler du corps, du sacré, de la féminité, de la beauté. Et grâce aux nouvelles technologies, Orlan s’amuse. Et cette jusqu’auboutiste de convoquer pour cette exposition les grandes figures de l’histoire de l’Amérique comme celle de l’histoire de l’art américain. Recherches corporelles et faciales qui donnent des images puissantes et d’une picturalité photographique remarquable où se fondent les portraits de l’artiste. Après avoir incarné la Maya de Goya et l’Odalisque d’Ingres, elle se tourne désormais vers les cultures non occidentales pour mieux poursuivre son brassage de l’espèce humaine.
« Orlan, Self-hybridations Indiennes-Américaines », Galerie Michel Rein, 42, rue de Turenne, 75003 Paris. Tél. : 01 42 72 68 13. Du 12 avril au 17 mai.www.michelrein.com