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Entries tagged as ‘art’

A venir, une interview exclusive de l’artiste russe Oleg Kulig, en septembre à la galerie Rabouan Moussion

juillet 3, 2008 · Pas de commentaire

Oleg Kulig et Anne Kerner

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Emil Nolde, mystique de la couleur, aux Sables d’Olonne jusqu’au 07/09

juillet 3, 2008 · Pas de commentaire

Missionnaire du pinceau, Emil Nolde le mystique fut le plus célèbre et le plus controversé des expressionnistes allemands. Si la France ne lui a toujours pas pardonné d’être apprécié par Goebbels, la France ose enfin célèbrer ce fou de Dieu.

 

 Quel est la vie et l’oeuvre de Nolde ? 

 “Nolde est plus que lié à la terre, il en est aussi le démon”(Klee). Un démon génial de la peinture allemande, un enragé de l’expressionnisme, enraciné dans sa campagne natale, ce pays frison du nord qui frôle la Baltique, paysan et austère, protestant fanatique et superstitieux, peuplé de fables, de gnomes et de lutins. Un malade de solitude, qui s’accroche au wagon idéaliste  du Brücke dont il se détache vite pour incompatibilité d’humeur. Un missionnaire du pinceau, si vulnérable qu’il se sentira persécuté jusqu’à la fin de sa vie. Nolde porte encore sa croix. L’exaltation de sa germanité, son désir d’obtenir enfin un relatif bien être, en ont fait un peintre du troisième Reich. Mauvais rêve, Goebbels collectionne ses tableaux. Mauvais réveil, 1052 de ses oeuvres sont confisquées dans les musées allemands dans le cadre de l’ “art dégénéré”. Reconnu dans le monde entier, la France ne lui a pourtant jamais consacré d’exposition personnelle.

“Souvent, je m’allongeais dans le blé haut…les bras en croix…: c’est ainsi que gisait notre sauveur Jésus-Christ..”. Ebéniste à Flensbourg, Munich, Kalsruhe et Berlin, professeur de dessin à Saint-Gall en Suisse à partir de 1892, le jeune autodidacte mystique se nourrit des vers envoûtants de Mallarmé, boit Wagner, avale Nietzsche, goûte Boecklin et Hodler. En 1898, fort du succès financier de cartes postales qui se vendent par millier en quelques jours, il se consacre exclusivement à son art. Un an plus tard, il suit les cours de l’Académie Julian de Paris, hante le Louvre, et s’éblouit de la “grandeur dramatique” de Daumier et de Manet, “le grand peintre de la lumière claire”. En 1901, à 34 ans, Emil Hansen prend le nom de Nolde, son village natal de Silésie.

“Le peintre s’est trouvé, les couleurs étaient devenues son langage”. Après plusieurs années d’hésitation pointilliste, Nolde explose les teintes, étale  les touches. Ses exubérances colorées, ses déchaînements marins et floraux subjuguent les membres du Brücke qui l’invitent à les rejoindre en 1906, un an seulement  après la constitution du groupe. Conséquence immédiate : Nolde laisse tomber la perspective pour un espace totalement plat. Certes, leur fanatisme pour le “bon sauvage” à la Gauguin, la transe à la Van Gogh, et la sensibilité  névrosée d’un Munch, les entraîne vers une spontanéité commune où tout est “instinct et tension”, écrit Nolde. Certes, leurs formes rudes et agressives prônent la subjectivité comme absolu.

Mais à quarante ans,  ce fou de solitude retiré dans sa maison d’Alsen, ne peut suivre une jeunesse rebelle et destructrice qui porte haut l’étendard de “l’homme nouveau” et crie à qui veut l’entendre, le “progrès à n’importe quel prix” (Marc). Plutôt proche des interprétations poétiques et musicales de Klee, mais opposé à tout intellectualisme,  avec les couleurs, Nolde “créer des harmonies et des oppositions de sons et d’accord”. Et les érotise : “comme si elles aimaient mes mains”. Nul doute, il transmet ainsi au Brücke le culte du terroir : “blut und boten”, “sang et terre” atteignant son but lorsqu’il sent “la mousse et les algues en train de pousser”. 

“Il fallait que - j’ai affaire - à un Dieu en moi, aussi brûlant et saint que l’amour du Christ”. Des visages jaunes aux yeux violets, rouges aux yeux verts, des masques grotesques, comme tailladés dans le bois, des  torsions de couleurs surnaturelles, des gros plans de figures hallucinées et compressées,  contractées par la souffrance. A partir de 1909, comme Schmidt-Rottluf, Kokoschka, Rohlfs et Morgner, Nolde s’enivre  de la Bible. Et saisit enfin le sacré. A l’instar de Rouault, la force de ses oeuvres naît de son identification au Christ, symbole de l’auto-sacrifice et de la trahison qu’il croit lui-même subir. Rongé par le doute, il exprimera sa foi tourmentée  à la Greco à travers l’imagerie élémentaire des paysans et des pêcheurs du nord. Désormais, jamais plus ce visionnaire archaïque  n’abandonnera ce don de traduire le mythe en images. Son apogée : “La Cène” et “Pentecôte”, ainsi que les fantastiques neuf volets sur “La vie du Christ”. Violemment critiqués, ces tableaux furent refusés à la Berliner Sezession de 1910. Nolde attaque alors le “dictatorial” président Liebermann et fait un scandale qui aboutira à son exclusion. En 1937, à Munich, un grand écriteau “maléfice peint” les surmonteront à l’exposition sur l’Art dégénéré”.

“J’ai parfois le sentiment que ce sont eux les vrais hommes, et nous sommes des sortes de marionnettes articulées, artificielles et pleines de suffisance”. Toujours en quête du paradis biblique, mythique et perdu. De “l’essence primitive”.  Nolde se passionne pour l’art des peuples des mers du sud  au point de désirer écrire un livre sur le sujet. Il furete au musée ethnographique de Berlin où il vit l’hiver, quand il ne collectionne quelque objet. Dès lors, masques,  statues et tissus exotiques  traités comme des natures mortes, peuplent ses tableaux. De 1913 à 1914, le peintre participe à une expédition ethnologique en Nouvelle Guinée et peint le fusil sur l’épaule : encore plus  que l’authenticité recherchée par Gauguin, il découvre  une essence démoniaque, élémentaire, dans les danses indiennes et les attitudes des êtres qu’il scute avec ferveur. Retour aux sources, énergie plastique, simplification drastique des formes, comme pour Picasso en 1907-08, la sculpture indique ici la voie à suivre. Car à l’instar du maître espagnol, Nolde fonctionne avec l’instinct, la violence des pulsions organiques, de cet inconscient que les surréalistes révèleront dix ans plus tard. Avec en plus, l’abondance magique de la couleur.

“C’est un miracle que je suive ma ligne sans vaciller”. Nolde, jusqu’auboutiste de l’expressionnisme, n’a jamais failli. Peintre le plus représenté dans les musées allemands au début des années 30, bon patriote adhérant du Parti national socialiste, il ne comprend plus rien lorsque les nazis lui confisquent ses oeuvres en 1937 et lui interdisent de peindre en 1941. C’est pourtant au cours de cette période d’abbattement qu’il créera des centaines de merveilleuses aquarelles, intitulés “tableaux non peints”.  Lumineuses, emportées, et tellement proches de l’abstraction d’un Rothko. Il meurt à 89 ans, dans son village retiré de Seebüll.

 

“Emil Nolde. Les Images non peintes”, Musée de l’Abbaye Saint-Croix, rue de Verdun, 85100 Les Sables D’Olonne. Tél. : 02 51 32 01 16. Jusqu’au 7 septembre.

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Les Gao Brothers à la galerie Vallois jusqu’au 31/07

juillet 3, 2008 · Pas de commentaire

Ah, encore des artistes Chinois ! Mais ceux là, on les aime bien ! Parce qu’ils sont drôles et impertinents, remplis de tendresse et d’humour. Artistes d’avant-garde en Chine, les frères Gao collaborent ensemble sur des installations des performances, de la sculpture et des photographies depuis les années 80. Bien sûr, ils sont fils de la révolution culturelle et en ont subi toutes les conséquences : leur père a été tué pour cause d’intellectualisme en 1968. Et les voilà donc qu’ils se lancent à corps perdu sur le Grand Timonier ! Ils le transforment en femme, le colorie, le métamorphose en Pinocchio ou Mickey ! Bref, rien ne les arrête pour dénoncer un mal qui persiste encore dans une société en total changement.

 

 

 

“Gao Brothers”, Vallois Sculptures contemporaines, 35, rue de Seine, 75006 Paris. Tél. : 01 43 25 17 34. Jusqu’au 31 juillet.

Image: “Miss Mao”, 2006, courtesy Galerie Vallois

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Alain Séchas. Sans ses chats ? Au musée Bourdelle jusqu’au 24/08

juillet 1, 2008 · Pas de commentaire

On connaissait Alain Séchas entouré de ses « Chats » ! De toutes sortes. De toutes les couleurs. Pour la première fois, le voilà sans son animal de compagnie ! Et se sont de merveilleux dessins abstraits qui s’étalent sur les cimaises du musée Bourdelle et qui s’associent aux sculptures. Variations donc sur les couleurs, sur les lignes brisées, sur les entrelacs qui rappellent parfois Monique Frydman. Mais qu’importe. C’est l’explosion qui compte. Et la cerise sur le gâteau : une sculpture mobile et sonore « Le Centaure mourant » vous accueille dans le hall des Plâtres.

“Alain Séchas. Rêve brisé”, Musée Bourdelle, 16, rue Antoine Bourdelle, 75015 Paris. Tél. : 01 49 54 73 73.Jusqu’au 24 août.

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Peter Doig, la peinture à fleur de peau. Au Musée d’art moderne de la ville de Paris jusqu’au 07/09

juin 30, 2008 · 2 commentaires

Que vois-tu à l’exposition ?

Peter Doig a 49 ans et ses prix grimpent, grimpent, grimpent ! Mais il ne faut pas se fier aux apparences. Peter Doig n’est pas une mode. Ou un effet de mode. C’est tout simplement un peintre. Un excellent peintre. De ceux qui vous donnent envie d’approcher la toile. De l’effleurer. De la toucher. Presque de s’y baigner. De rentrer dans la couleur. La boire. S’en enivrer. « Un tableau n’est pas fixe, immobile comme une photographie…. Peindre c’est s’avancer sur une surface, s’y perdre, se perdre soi-même, aller au-delà de soi, marcher sur une étendue déserte et s’y laisser engloutir physiquement », dit l’artiste. Et c’est exactement cela. Dans ses toiles immenses, le visiteur se retrouve face à des paysages sauvages. Presque vierges. Qui virent souvent à l’abstraction. Car ce sont les jeux des lumières, des couleurs, des textures qui intéressent Doig. Pour que « le travail devienne un autre monde ». Et laissez vous envahir et vivre dans cet ailleurs magique et magnifiquement incommensurable.

 

“Peter Doig”, Musée d’art moderne de la ville de Paris/ARC, 11, avenue du Président Wilson, 75116 Paris. Tél. : 01 53 67 40 00. Du 30 mai jusqu’au 7 septembre. Voir www.mam.paris.fr

Images : courtesy MNAMVP

Diaporama : Christine Barbe

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“Indian Focus” à l’Espace Claude Berri dévoile les artistes indiens contemporains. A découvrir absolument. Du 21/06 au 30/09.

juin 30, 2008 · Pas de commentaire

 

 

 

Quelles sont les dernières découvertes de Claude Berri ?

Depuis 2006, Claude Berri va de découvertes en découvertes en visitant des expositions consacrées à l’art indien. Et le voilà qui commence à collectionner de nombreux artistes dont Subodh Gupta, Barthi Kher ou Valay Shende. Qu’est ce qui plaît au collectionneur ? Que cette jeune génération jongle avec tous les médiums. Peinture, sculpture, photo, vidéo, installation, performance… Tout est bon pour donner leur regard critique sur la société indienne d’aujourd’hui  totalement disloquée entre tradition et modernité.

Regarde les merveilleuses œuvres de Rina Banerjee qui combine de manière absolument poétique des objets coloniaux, des souvenirs et de l’artisanat décoratif. Tout ici est acidulé, raffiné, coloré. Ce qui n’empêche pas à cet ancien ingénieur qui vit aujourd’hui à New York, d’avoir un regard critique sur son pays mis en péril par la mondialisation. De son côté Hema Upadhyay qui vit et travaille à Bombay s’explique : «  Mon travail ne parle pas de l’inégalité sociale mais plutôt de la coexistence de différentes classes. … Cette œuvre tente de rendre hommage aux souhaits, aux aspirations et aux vies rêvées, non abouties de ces petites villes dans la ville… D’un côté il y a la mondialisation, de l’autre pas… ».

Subodh Gupta qui vit à New Delhi,  joue entre l’espace urbain et l’espace rural, entre tradition et modernité en créant des œuvres à partir de matériaux de toutes sortes qui souvent renvoient aux ready-made de Duchamp. Et si Valay Shende met en scène les populations urbaines grâce à des sculptures et des vidéos, Bharti Kher interroge les notions de classes sociales en récupérant des images de son environnement et en détournant la notion de peinture.

 

« Indian Focus. Artistes indiens contemporains dans la collection de Claude Berri », Espace Claude Berri, 4, passage Sainte Avoye, 75003 Paris. Tél. : 01 44 54 88 50. Du 21 juin au 30 septembre. Voir www.espace-claudeberri.com

images :  en haut, Espace Claude Berri, Gilles Barbier- Exposition, le vaisseau, ce que l’on voit depuis le hublot (21 mars-10mai). La Méga maquette, 2006, dimensions variables, courtesy Galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois. Photo : André Morin.
Diaporama : Sudodh Gupta, Idol Thief I, 2007, huile sur toile, 168×229cm; Bharti Kher, Détail de Smack down Raw, 2006, Bindis sur plaques d’aluminium, 256×134cm; Sudodh Gupta, Black Thing, 2007, sculpture en acier inoxydable, plastiques et pinces en aluminium peintes, 230×60x220; “Greed, when she came she suched all…”, Rina Banerjee, 2006, Peinture, technique mixte; Hema Upadhyay, Dream a wish, wish a dream, 2006, installation, technique mixte, 760×460cm, courtesy Maxime Dufour photographies.  
I

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Richard Avedon au Jeu de Paume du 01/07 au 28/09 ( photo Richard Avedon, courtesy 2008 The Richard Avedon Foundation). Les quarante ans de travail d’un des plus grand sublimateur de la beauté de la femme.

juin 29, 2008 · 2 commentaires

Regarde et va voir !

Essayez de vous retenir !!!! Et si avant de voir l’exposition, vous passiez par le sous-sol pour regarder le film consacré à Avedon. Pour le voir, comprendre avant de regarder. Parce qu’il est tellement important de le voir bouger, parler, diriger, travailler, aimer, parler, philosopher… L’homme est donc là. L’artiste. L’immense photographe. Magnifique. Mais aussi magnifique qu’absolu. Jusqueboutiste jusque dans son moindre regard. Le moindre montage. Le film montre un Richard Avedon toujours angoissé, toujours stressé. Sur le fil du rasoir. Et il danse, trouve l’équilibre. En regardant au plus profond de son modèle. Comme en fouillant son âme. Pour laisser sur le papier une émotion. Unique. Et dans le film, il parle de sa femme, de son fils. De la maison qu’il a acheté à Long Island pour son fils et ses petits enfants. Oui. L’homme est là. Bien vivant. Gai. Toujours prêt à s’amuser aussi. A rire. A aimer. Et puis allez-y. Montez vite voir l’œuvre. Cette œuvre immense. De celui qui regardait ses modèles jusque dans les pupilles pour en étudier la luminosité. Cette première grande rétrospective du photographe américain dévoile tous les aspects de son œuvre. Les stars de cinéma comme un impressionnant portrait de Marilyn presque désespérée. Les artistes comme Giacometti, Andy Wahrol et les membres de la Factory dans une composition magistrale et humoristique. Mais ses personnages sont aussi clochards, mineurs, SDF, forains. Marqués par la vie. Et même là se retrouve cette mise en scène incroyable et parfaite. Celle d’un maître. Incontestablement. Ancré dans la beauté, la grâce comme dans la vie.

“Richard Avedon”, Jeu de Paume, 1, place de la Concore, 75001 Paris. voir www.jeudepaume.com et www.richardavedon.com Du 1er juillet au 28 septembre.

(légendes en cours)

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A VENIR : Stéphane Calais illustre, peint et installe l’Amour au Crédac D’Ivry du 12/09 au 09/11.

juin 25, 2008 · Pas de commentaire

“Stéphane Calais. L’Amour”, Centre d’art contemporain d’Ivry - le Crédac, 93, avenue Georges Gosnat, 94200 Ivry-sur-seine. Tél. : 01 49 60 25 04. Du 12 septembre au 9 novembre. Voir www.credac.fr

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Zoa Wou-Ki, un des maîtres de l’abstraction lyrique à la BNF, site François Mitterand. Jusqu’au 24 août. Son contexte et son art.

juin 25, 2008 · 2 commentaires

Comment se situe l’oeuvre de Zao Wou-Ki après la deuxième guerre mondiale ?

Après la deuxième guerre mondiale, à Paris comme à New York, une jeunesse échappée aux massacres, la fureur de vivre au ventre, révolutionne, pinceau en main, la conception de l’art et la vision de l’homme. Naît un espace lyrique dont Joan Mitchell, Pierre Tal-Coat et Zao Wou-Ki apparaissent comme les dignes représentants.  

 

1940. L’abbé Henri Breuil découvre les peintures des grottes de Lascaux alors qu’explose la première bombe atomique. Une ère découvre son origine au moment où elle croit à sa fin. 1945. Abominations, massacres, camps de concentrations. Le culte de la machine et d’une société technicienne sombre avec les valeurs soit disant modernes de la civilisation occidentale. 1950. Le critique d’art français, Charles Estienne, s’interroge à propos de l’abstraction géométrique alors à son apogée :  “L’art abstrait est-il un académisme” ?

Au lendemain donc de la première guerre mondiale, dans une atmosphère de désillusion totale et de mépris absolu des institutions, surgissent en France comme aux Etats-Unis, un art que certains appelleront “autre”. Un art du geste agressif, du signe vibratile, de la tache convulsive. Pour un retour aux sources, aux origines, aux commencements. Un art impulsif qui croit aussi bien à “l’inconscient” de Freud, à la “vie intérieure” de Kandinsky qu’à “l’imagination poétique” de Breton. Pour atteindre l’absolu, l’unité primordiale, l’ “abîme” selon Lao-tseu, la “plongée sans fond” selon Henri Michaux. Un art torturé qui se veut existentialiste et réclame la liberté totale et la vérité de l’individu. Son authenticité.

A Paris comme à New York, la peinture devient donc danse, transe, exorcisme.  Naît un espace lyrique, mouvant, dynamique, pulsatile, sans commencement ni fin, où s’expriment toutes les révoltes annihilées,  toutes les violences secrètes tenues en laisse. Bouleversements. De la peinture, bien sûr. Mais aussi de la vision de l’homme. Cette fois, l’artiste n’est plus passif face à une fenêtre ouverte sur le monde. L’explorateur est l’artiste, l’exploré, l’esprit, l’inconscient de l’homme, universel, les moyens sont le “geste blanc parmi les solitudes” dont parle Mallarmé, pur, franc, provoqué, abandonné, et la matière ruisselante, éclaboussée, hallucinée. Reste la toile pour témoin.

 

Sur la “Big Apple”, en 1950, sévit un gang d’artistes révolutionnaires. “Jack l’égoutteur” invente le “dripping” faisant fi de toute la tradition picturale, et avec Willem de Kooning, Franz Kline et Marc Rothko, rentre dans la frénésie de l’ “expressionnisme abstrait”. Ils enrôlent dans leur bande de soûlards sans peur et sans reproches, une jeune peintre d’à peine 24 ans, issue de la haute bourgeoisie de Chicago et femme du futur directeur des éditions Grove Press,  Joan Mitchell. D’abord prisonnière de quelque trame géométrique à la Veira da Silva, elle laisse très vite divaguer sa main, son geste, son corps tout entier  sur ses toiles où elle agresse et bataille les pleines pâtes, joue et déjoue les coulées et les “drips”, frotte et caresse ses couleurs si intenses tombées d’une pinceau généreux.

A partir de 1955, liée avec le peintre Jean-Paul Riopelle, lui aussi immense acteur des “véhémences confrontées” des années d’après-guerre, la jeune femme se partage quatre ans entre un appartement de Manhattan et un studio du 14ème arrondissement de Paris, avant de s’expatrier pour de bon. Et l’artiste de toujours écraser, balafrer de son geste foudroyant d’immenses toiles rectangulaires sur lesquelles s’évanouit une nature vibrante et incommensurablement légère, ses “pastorales furieuses” qui,  jusqu’à sa mort, en 1992, s’épanouissent toujours plus libres toujours plus téméraires, effrontées. Somptueuses.

En 1948, à Paris, Zao Wou-Ki débarque de Shanghai. Il a vingt-sept ans, un diplôme de l’Ecole des Beaux-Arts de Hang-Tcheou en poche et une envie plus que boulimique de peinture occidentale. La capitale était alors en pleine ébullition entre l’Ecole de Paris, l’abstraction géométrique, le “réalisme socialiste” et, opposé à tous ces courants, les défendeurs de l’abstraction lyrique et de l’Informel. Un an auparavant, tout explosait avec les multiples expositions de Hartung, Schneider, Atlan, Soulages, Wols, Mathieu et Bryen. Et un an plus tard, Zao Wou-Ki s’est lié d’amitié avec Sam Francis et Jean-Paul Riopelle, fréquente la librairie-galerie de Nina Dausset et rencontre Michaux qui écrira à son propos : “Le vivant encore bruissant né à l’instant, l’instant d’après, seulement présumé…Avec une souplesse de soie un atterrissage sur plage de papier…”.

“En 1950, ma peinture était en moi, en gestation”, avoue le peintre, qui voyage en Europe pendant près de deux ans avant de laisser éclater sur ses toiles,  son écriture “imaginaire indéchiffrable”. Personne mieux que lui ne réalisera jusqu’à nos jours, le lien entre Orient et Occident. Partout, dans ses immenses paysages, on retrouve le ciel, la terre, la montagne comme dans la peinture traditionnelle chinoise. Mais ici, tout se brouille et s’entremêle. Car il ne s’agit plus cette fois de reconnaître le ciel, la terre et la montagne, mais de s’en imprégner, de les générer, de donner leur essence. Ici tout bruine, ruisselle, souffle, né, meurt, ressuscite. Ici, tout s’éveille, jaillit, s’éparpille, se resserre.  Parce que ça vient de l’élan, de la spontanéité, de l’un, du multiple, du même et de l’autre. Ca vient du Vide, du plein. De la Vie.

Dans l’après guerre parisienne, une autre oeuvre bouleversante et terriblement sensuelle prend forme. Pierre Jacob dit Tal-Coat, c’est à dire “front de bois” en breton, n’apprécie guère les palabres intellectuels parisiens et préfère ses interminables promenades quotidiennes dans les Cévennes ou les Alpes en quête d’une nature toujours plus vierge et intacte. Né en 1905 dans le Finistère, cet ami de Giacometti soutenu par les écrivains et poètes Georges Duthuit, Maurice Blanchot et Yves Bonnefoi, décante une peinture figurative puis quelque peu géométrique pour se laisser tenté définitivement par la transparence et le mouvement. 

Nourri de Cézanne et de culture extrême-orientale, Tal-Coat regarde surtout. La veinure d’une écorce de bois, Xavière prenant une douche improvisée au dehors, les volutes de l’eau translucide au creux d’une pierre, la faille d’un rocher, le vol d’un oiseau. Apparaissent d’abord des grandes plages lavées, inondées de coulées de lumière, si minces et si légères, monochromes rayonnants aux nuances subtiles et infinies de gris et de jaunes. Puis ce seigneur de la terre et de l’espace cumule, accumule les couches de peinture, comme une humus nourricier d’où émergent des excroissances, fissures ou fentes, plaies ouvertes ou sexe de femme, qui à la fin de sa vie, en 1985, se métamorphosent en croûtes épaisses, minérales, presque des céramiques.

Que ce soit à Paris ou New York, que ce soit donc Joan Mitchell, Zao Wou-Ki ou Tal-Coat que l’on pourrait qualifier tous trois de “paysagistes abstraits”,  mais encore Rothko, Gottlieb, Motherwell, Guston aux Etat-Unis, Atlan, Van Velde, Schneider, De Stael, Dubuffet, Manessier, Bazaine, Ubac, Bissière, Degottex, Hantaï en France, Tapies et Millares en Espagne, Schumacher en Allemagne, Saïto et Sugaï au Japon, Kantor en Pologne… Tous croient à un lyrisme dégagé de toutes les servitudes, une peinture  où règne le geste, le signe, la matière, la métamorphose, à un art où le mot “abstrait” n’a finalement guère sa place puisque qu’ils s’attachent à peindre l’essence même de la vie. Ses commencements. Parce que c’est “le vivant qui importe” dit Pierre Tal-Coat.

 

“Zao Wou-Ki, estampes et livres illustrés”, BNF, Site François Mitterand, Quai François Mauriac, 75013 Paris. Tél. : 01 53 79 59 59.  

 

A lire

- “Zao Wou-Ki. Autoportrait”. Editions Fayard, 1988.

- le numéro 10 de la revue Ninety consacré à Joan Mitchell ainsi que le catalogue d’exposition “Joan Mitchell, les dernières années. 1980-1992″, Galerie nationale du Jeu de Paume datant de 1994.

- “Tal-Coat”, par Jean Leymarie, éditions Skira, 1992.

 

Images : en bas, “Sans titre”, 1967, Lithographie. BnF, département des Estampes et de la photographie, courtesy ADAGP. En haut, “Les Illuminations. Arthur Rimbaud”, 1967, Eau-forte et aquatinte, BnF, département des Estampes et de la photographie. Courtesy ADAGP.

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Annie Leibovitz, une vie consacrée à la photographie, à la Maison européenne de la photographie du 18/06 au 14/09

juin 23, 2008 · Pas de commentaire

Quel est l’oeuvre d’Annie Leibovitz ?

« Je n’ai pas deux vies distinctes, dit l’artiste. J’ai une vie, et les photos personnelles en font partie au même titre que les œuvres de commande ».

Elle est presque une légende. Un monstre sacré. De la photographie. De l’image. De ces instants magiques que chacun voudrait toujours capter. Elle les a tous photographiés. Les Stars. Les hommes politiques. Ses amis. Ses parents. Et défilent devient nos yeux éblouis  200 photographies qui paraissent convoquer la terre entière. Shoots historiques. Yoko Ono, John Lennon, Jamie Foxx, Nicole Kidman, Demi Moore, Brad Pitt, George W.Bush, Richard Avedon, Patti Smith, Cindy Sherman. Et encore Hillary Clinton, la Reine d’Angleterre. Et puis comme par magie, celle qui commença à travailler dans cette Amérique de « Rolling Stone » en 1970, livre des moments de sa vie intime. Des moments simples et rares. Les photographies de la naissance de ses trois filles, les réunions de famille, son père et son frère torses nus….Et son amie , sa compagne Susan Sontag, comme une lumière, un phare.  Mais n’oublions pas qu’elle a réalisé plus de 142 couvertures pour Rolling Stones, sans compter Vanity Fair, Vogue et ses publicités pour Gap, Givenchy. Elle vit à New York avec ses trois enfants et offre une œuvre merveilleuse et pleine de rêve. De souvenirs. Une exposition aussi rare qu’inoubliable.

“Annie Leibovitz. A Photographer’s Life, 1990-2005″, 5,7, rue de Fourcy, 75004 Paris. Tél. : 01 44 78 75 00.Voir www.mep-fr.org;

A lire : “Annie Leibovitz. La Vie d’une photographe, 1990, 2005″, Editions de la Martinière, 480 pages, 105 eiros.

Image : En haut, “Annie Leibovitz”, Paris, 2005, courtesy Martin Shoeller, 2005. En bas, “Patti Smith et ses enfants, Jackson et Jesse”. St Clair Shores, Michigan, 1996. Courtesy Annie Leibovitz/Contact Press Images

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