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Klee des songes. Les chefs d’oeuvres de la collection Djerassi à Vienne du 09/05 au 10/08

avril 14, 2008 · Pas de commentaire

 

Que dévoile le travail de l’artistes Paul Klee ?

Berne, 1910. 56 oeuvres s’étalent sur les murs du musée de la ville. Des peintures sur verres, chères aux images populaires suisses, le teint fauve et la veine cubiste. Une sublime légèreté en plus. Une bouffée d’air magique, de celles qu’on n’avait encore jamais respiré en Occident. Libératrice. C’est la première grande exposition personnelle de Paul Klee. Il a 31 ans. Il est alors un immense talent en quête de sa pente. Déjà, sa ligne discrète et silencieuse renie le spectaculaire comme les brouhahas futuristes et les fureurs expressionnistes. Echappant à l’a-pic de l’abstraction, aux grandeurs de Mondrian comme aux séductions de son ami Kandinsky - qui cette même année crée sa célèbre aquarelle abstraite - c’est autrement qu’il brisera la fenêtre du malheureux Alberti. En cherchant “au rebours des maniaques du contenant…, sous la peau des choses…, loin du volume, loin des centres…, un centre moins évident, mais qui davantage soit le maître du mécanisme, l’enchanteur caché” (H. Michaux).

Né en 1879 de parents musiciens, Klee hésite entre deux vocations. Expression de l’ineffable, la musique avait toutes les chances de le combler. Pourtant, à 19 ans, cet excellent violoniste quitte Berne pour Munich, la ville aux “cinq mille peintres”. En 1900, il s’inscrit à l’Académie des Beaux-Arts. De ses premiers amours, il gardera la souplesse et le mélodieux, l’enchantement. Fasciné par la botanique, il ne cesse d’étudier la nature. Elle est pour lui l’exemple par excellence, celle qu’il faut consulter, ausculter, pour se mettre en état de créer à son instar. D’où son intérêt pour l’aspect végétal de l’Art Nouveau. D’où également son goût pour le graphisme et ses innombrables dessins, alors aussi inquiétants que les figures de Blake ou Goya. Ce sont les rencontres de Kandinsky en 1911, puis celle de Delaunay à Paris en 1912, qui l’initient, le convertissent  à la couleur. Or, l’auteur “Du Spirituel dans l’art” ne tarit pas d’éloge sur l’Afrique du Nord. Il lui décrit les splendeurs des terres désertiques, le chatoiement de la médina, la beauté des coupoles de Kairouan. C’en est trop pour Klee. Tel Saint-Thomas, il veut voir pour y croire. Et le voilà parti pour la Tunisie, en compagnie des peintres Macke et Molliet. Douze jours de grâce. Douze jours d’avril 1914 qui le confirmeront, au-delà de toute espérance, dans sa soif de silence et de lumière, dans son sens quasi sacré de l’infini. “L’ambiance se pénètre avec tant de douceur que, sans plus y mettre de zèle, il se fait, en moi, de plus en plus d’assurance. La couleur et moi sommes un. Je suis peintre”, déclare-t-il, ébloui. A coup sûr, Klee est désormais en possession de tous les moyens qui vont concourir à l’unité de son oeuvre. Dès lors, l’architecture et les arts traditionnels, la céramique vernissée aux teintes chatoyantes, les poteries incisées et la géométrie des fabuleux tapis orientaux, offrent au peintre une source sans cesse renouvellée de formes et de couleurs. Les structures en damiers se multiplient, les bandes horizontales pullulent. L’artiste n’en finit plus de tout ramener à la surface plane du tableau. Plus encore, l’écriture arabe déclenche une prodigieuse et étourdissante invention de signes. D’un coup, les abréviations rapides de figures et d’objets se métamorphosent en pictogrammes nés d’une folle imagination. Les symboles de la lune, du soleil, d’arbres ou encore de plantes et ses fameuses croix, envahissent à jamais son oeuvre. Ici, le signe manifeste le “non-dévoilé” de l’Univers. Ici, il appartient à l’”écriture secrète” qu’évoquait Novalis.

Après la guerre, les charivari intellectuels qui explosent de toutes parts, s’arrachent notre peintre allemand comme un dieu vivant. Dès 1917, ses oeuvres figurent à la première exposition Dada à Zurich. En 1921, l’architecte Walter Gropius le nomme professeur au Bauhaus. Klee suivra l’école dans ses pérégrinations, à Weimar puis à Dessau, où il démissionne en 1931. Même Paris et les surréalistes sont séduits par son extraordinaire attitude esthétique : en 1929, René Crevel signe la première publication française consacrée à Klee. Paradoxe donc. Paradoxe de ce peintre “off”, marginal et tenant haut l’étendard du refus, sollicité par tous les courants frondeurs. Sa résistance aux modes est d’ailleurs d’autant plus remarquable que sa célébrité devient vite mondiale. Nul doute, sa révolution créatrice, à la fois poétique et philosophique, est bien tentante. Car elle regarde ailleurs, là où “l’art ne reproduit pas le visible…(mais) rend visible”, lui donnant la grâce de vivre “un peu plus près de la création qu’il est normal”.

En effet, Klee donne à voir une “réalité qui n’existe pas”, si ce n’est comme nécessité intérieure. Il sape sans complexe la notion anthropomorphique de l’art, et clame dans ses conférences que c’est la nature en l’artiste qui est le véritable créateur. On comprend qu’Hitler ait fait exposé 17 de ses oeuvres à l’exposition de l’Art Dégénéré en 1937 ! Cette “communion avec la nature” compris au sens de natura naturans, de genèse, de croissance, se traduit sous forme de lignes et de signes abstraits, de flèches qui orientent la lecture du tableau. Mais la métaphore se poursuit. Car le signe comme trace matricielle est à la peinture de Klee ce que le germe est à la plante naissante, à la fleur, au fruit. Cette métaphore en dit plus encore, révèle un désir plus ambitieux que livre Klee, lors de la Conférence d’Iéna en 1924 : “Il m’arrive parfois de rêver à une oeuvre de vaste envergure couvrant le domaine complet des éléments, de l’objet, du contenu et du style… Il faut qu’il croisse naturellement ce Grand Oeuvre, qu’il pousse, et s’il lui arrive un jour de parvenir à sa maturité, alors tant mieux. Nous en avons trouvé les parties mais pas encore l’ensemble. Il nous manque cette dernière force. Faute d’un peuple qui nous porte”.

Signes réels ou imaginaires, paysages, bestiaires féerique où l’humour se chamaille avec la drôlerie des histoires de l’enfance, partout, Klee jongle entre écriture et peinture, bouleverse leur espace commun pour en bâtir un nouveau. La subversion est d’autant plus forte, qu’il n’utilise que des formats réduits, des châssis de dimension modeste. Et bien sûr, des textures fines, des papiers précieux. La-dessus, une infinité de techniques : frottis, grattages, craies, colles… Pas de matières riches et généreuses. Ni vernis, ni empâtements. Au contraire. Une surface plâtreuse, opaque, comme malaxée sur le support. La couleur cependant est lumineuse, d’une douceur et d’un raffinement inégalable. Et, le pinceau à la main, il part à l’aventure, au hasard de la matière, sans idée précise de ce que sera l’image finale, inventant sans le savoir la future “oeuvre ouverte” dont parle Umberto Eco. Il passe d’une toile à l’autre, menant toujours de front une grande quantité de compositions. Klee invente ainsi sans le savoir, la future “oeuvre ouverte” dont parle Umberto Eco. Une fois celle-ci achevée vient ce qu’il appelle plaisamment la “séance de baptème”. Effectuée tous les mois, enfermé dans son atelier, Klee donne alors un nom aux oeuvres qu’il ne considère terminées que titrées. C’est le moment où il s’amuse des “Policiers en déroute”, s’évade dans un “Paysage de rêve aux conifères”, invente le “Monologue du petit chat”, pleure avec la “Fillette à la poupée”.   

En 1928, Klee fait un voyage en Egypte qui ne l’impressionne guère moins que son séjour tunisien. D’un point de vue spécifiquement humain cette fois, et dont il ne rendra picturalement compte que dix ans plus tard, en particulier dans la série des “Anges”. Professeur à l’Académie de Düsseldorf depuis 1931, il doit quitter l’Allemagne deux ans plus tard après la fouille de son domicile par les Sections d’Assaut nationales-socialistes. Il se réfugie à Berne où il a passé son enfance. Une période sombre débute. En 1935 il commence à souffrir d’une sclérodermie qui résistera à tous les traitements. La mort rôde, favorisant l’introspection et encourageant une recherche toujours plus méditative. Sa thématique devient plus angoissée. Les titres des oeuvres perdent leur poésie d’autrefois. Les signes noirs s’épaississent, durcissent, couvrent la toile comme le plomb d’un vitrail. Pourtant, jamais d’accents déchirants ou de crispations dramatiques. Trop discret pour cela. Il meurt en 1940, laissant derrière lui plus de 9000 oeuvres à propos desquelles Henri Michaux écrit : “Pour (y) entrer… il suffit d’être l’élu, d’avoir gardé soi-même la conscience de vivre dans un monde d’énigmes, auquel c’est en énigmes qu’il convient le mieux de répondre”. 

 

Albertina, Vienne, Du 9 mai au 10 août. Voir www.albertina.at

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Keith Haring, l’enfant “radieux” hante le musée d’art contemporain de Lyon du 22/02 au 29/06

avril 12, 2008 · Pas de commentaire

Quel est le travail de Keith ?

“L’artiste doit s’opposer à la déshumanisation de notre culture”. Une allure de rocker intello et de moine bouddhiste. Couché sur les trottoirs de Tokyo, debout devant les murs du métro de New York, accroupi devant le corps nu de Grace Jones. Avec la même application, la même maîtrise, la même foi, Keath Haring a dessiné, peint, gravé, reproduit à l’infini son “enfant radieux”, cet ange gardien fragile comme lui, et   porteur d’amour, sur tous les supports, toutes les surfaces. Partout. Jusqu’à saturation. Qui aujourd’hui n’a pas son béret, son tee-shirt ou son jouet “Keath Haring” avec son chien, son bébé à quatres pattes et ses soucoupes volantes ? Ses “icônes”, comme il disait, où Mickey côtoie une déesse indienne, un ordinateur un totem ancestral. Où tout se mêle et se mélange pour raconter notre histoire. Et qui ne s’est enivré de ses couleurs espiègles et rieuses, comme celles des bons dessins animés de notre enfance ? Pour rivaliser avec le petit écran et la pub,  ce fils de Warhol s’est battu sur leur propre terrain. Pour dénoncer la violence, l’argent, le sexe, le racisme. Dire l’horreur du sida qui devait l’emporter en 1990, à 32 ans seulement. Le Musée de Lyon présente la première grande rétrospective en France, tous supports confondus, toile, papier, métal, papier, crie, encre, feutre…du jeune américain qui aurait fêté ses 50 ans en 2008. Incontournable. 

“Keith Haring”, Musée d’art contemporain de Lyon, 81, quai Charles de Gaulle, 69006 Lyon. Tél. : 04 72 69 17 17. Du 22 février au 29 juin.  www.moca-lyon.org

Légendes : “Keith Harring and Madonna”, New York, 1989, Photography, courtesy Estate of Keith Haring, New York; “Untitled”, 1981, (peinture vinyle sur bâche vinyl), courtesy Estate of Keith Haring, New York; “Keith Haring”, photography, Estate of Keith Haring, New York; “Untitled”, 1982, (email et dayglo sur métal), Estate of Keith Haring, New York.

ATELIERS

Pour les 6-12 ans : le worshop des enfants les mercredi et samedi à 15h30. Visite en famille le dimanche à 15h30. Ateliers pour enfants pendants que les parents visitent l’exposition, les mercredi et samedi à 15h30. Visites-découvertes de l’exposition pour adultes, le mercredi à 15h30, les samedi et dimanche à 14h30, 15h30 et 16h30. Mon anniversaire au musée  à partir de 5 ans les mercredi et samedi sur réservation. Réservation au 04 72 69 17 19.

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Cao Fei au Plateau du 13/03 au 25/05. Du grand art numérique chinois.

avril 10, 2008 · Pas de commentaire

 

Qui est Cao Fei et que vois-tu à l’exposition ?

Elle vient d’être remarquée à la Biennale de Lyon, Venise et Istanbul ! C’est dire qu’à seulement 30 ans, Cao Fei, monte, monte, monte et apparaît déjà comme l’une des artistes chinoises les plus importantes de sa génération.

Le Plateau à Paris dévoile sa première exposition en France. Et l’on passe de découvertes en émerveillements, de l’histoire traditionnelle chinoise aux dernières nouveautés technologiques ! Car les installations incroyables de l’artiste entremêlent vidéos, textes, objets ordinaires et sculptures classiques. La jeune femme totalement influencée par la publicité, le cinéma, la télévision et les nouvelles technologies, intègre également dans son travail des bribes de culture de son pays venus tout droit de l’opéra, de la danse et du théâtre. Et nous voilà dans un univers totalement fictif. Une illusion totale. Avec des gens. Des vrais, des faux. Des sortes de Batman en costumes noirs, des fées d’une nouvelle ère, des combattants aux ailes d’or… ! Cette œuvre pluridisciplinaire extraordinaire cherche assurément le dialogue entre passé et avenir, dans une société en constante mutation. Courez-y !

 « Cao Fei », Le Plateau, Place Hannah-Arendt, Angle rue des Alouettes et rue Carducci, 75019 Paris. Tél. : 01 53 19 84 10. Du 13/03 au 25/05. Voir www.fracid-leplateau.com. et www.caofei.com

Les ateliers. Renseignements et inscriptions au 01 53 19 84 10.

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Les rendez-vous du dimanche en famille avec les 6-10 ans. Autour d’un goûter, des échanges se font autour d’une oeuvre. De 16h à 17h30. Gratuit. Les ateliers du mercredi de 14h30 à 16h. Gratuit. Avec “Ombres chinoises” du 19 mars au 16 avril : 5 séceances autour de Cao Fei : les enfants développent des petites formes en puisant dans les traditions chinoises. Photographiées puis filmées, les silhouettes prennent vie. Stages de pratique avec un artiste pendant les vacances scolaires, le 23 et 24 avril pour les 11/15 ans et le 29 et 30 avril pour les 6/10 ans. Avec l’artiste Lee Show-Chun, les enfants inventent un personnage fictif et installent sa maison dans la vitrine avec des objets trouvés ou détournés.

Courtesy de l’artiste et Vitamin Creative space.“Cao Fei”, Le Plateau, Place Hannah-Arendt, 75019 Paris. Tél. : 01 53 19 84 10. Du 13/03 au 25/05. Voir www.fracid-leplateau.com et www.caofei.com 

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Le musée d’Orsay cache un véritable zoo. Ce livre te permet de mieux les chercher !

avril 10, 2008 · Pas de commentaire

La deuxième moitié du 19ème siècle est l’âge d’or des Zoos. Les artistes s’emparent avidement de ce nouveau sujet qui les emportent au pays d’animaux jusqu’alors inconnus. Et ce sont pléthore de lions, girafes, ours blancs, qui ne demandent qu’à vivre entre les mains des sculptures de Pompon et Bugatti, des peintures de Manet, Renoir, Gauguin, des photographies de Marey ! va vite les voir au musée d’Orsay ou jusqu’au 25 mai à Roubaix, La Piscine, musée d’art et d’industrie André-Diligent.

« Le zoo d’Orsay », collectif sous la direction d’Emmanuelle Héran, 256 pages, 39 euros.

 

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Rebecca Horn, galerie Lelong, du 14/03 au 10/05. Sa vie, son oeuvre et une exposition dans sa nouvelle galerie.

mars 6, 2008 · Pas de commentaire

Film sur l’exposition de Rebecca Horn à la galerie Lelong réalisé lors du vernissage de l’exposition avec Daniel Lelong, Jacques Dupin et Jean Frémon, directeurs de la galeries. Et parmi les invités Rebecca Horn et d’autres artites phares de la scène française et internationnale dont Anne Messager, Christian Boltanski,  Ernest Pignon-Ernest,  Pierre Alechinski…

Souvenir d’une exposition de Rebecca Horn au Carré D’art de Nîmes. 

Tout commence à partir d’une petite roue de plumes. Parce que Rebecca Horn reste fascinée par les animaux fabuleux. Parce qu’aussi attentive à l’architecture du Carré d’Art de Nîmes, ouvert sur le ciel, elle a imaginé un oiseau entrer dans les salles. Et il n’y a plus qu’à le suivre. Pénétrer cette exposition si cohérente et magnifique  où toutes ses recherches, tous ses mythes, toutes ses hantises se retrouvent et s’accordent, de salle en salle,  à l’instar des chapitres d’une fiction.

L’art comme exorcisme 

Car ici, plane sans cesse l’ombre de cette jeune étudiante aux Beaux-Arts de Hambourg, qui, travaillant le polyester, fut victime, à vingt-quatre ans, d’une infection pulmonaire. Passent les si longs mois au sanatorium, où Rebecca Horn saisit son art comme une tentative de fuite. De vie. Où son héros, Buster Keaton devient le salvateur, le guide vers la liberté. Et cela n’a pas cessé.  Et cela ne cessera plus. On pense bien sûr à Frida Khalo qui  peignait sa douleur et son corps broyé. Mais Rebecca Horn exhausse sa souffrance personnelle pour atteindre l’universel. Elle part de son corps et de l’espace de son corps pour toujours mieux comprendre et palper l’existence humaine. Pour ouvrir les frontières. Faire exploser la conscience. L’inconscience. Lacher prise. Célèbre pour ses vidéos et ses performances des années soixante dix où l’artiste allemande invente des peintures et des sculptures corporelles, puis des films de fiction, c’est à partir des années 80, qu’elle se concentre sur des mises en scènes de machines mécaniques et autonomes qui la consacrent définitivement comme sculpteur.

Naissance des installations

Mais le désir et la violence restent les mêmes. De ses harnais de crayons, de ses masques de plumes, de ses tubes à faire circuler le sang aux installations de ses dix dernières années, c’est toujours le même enchantement artistique qui doit happer, surprendre, désorienter, questionner, aider. En stimulant tous les sens. Et c’est cela qui nous envahit dans l’exposition de Nîmes, qui nous prend, nous soulève, nous fait peur, nous ensorcelle encore ou nous ravit. Nous emporte donc. Loin. Dans les contrées mythiques d’Eros et de Thanatos d’où un baiser de serpents jaillit un rayonnement électrique.  Dans des espaces mystérieux et silencieux, où tout à coup, un violon accroché très haut dans la salle grince et soupire. Plus loin, sur un mur, un immense dripping à la Pollock réalisé par une machine, une fois l’oeuvre terminée, répète son geste. Indéfiniment. A vide. Ailleurs encore, une immense tige métallique comme un doigt pointé sur les maux et les génocides du monde dessine une spirale invisible dans l’espace. Aux côtés de ces tortures de l’esprit, comme souvent, la légèreté. L’incroyable légèreté d’un papillon battant des ailes. Mais si Rebecca Horn défie à l’infinie le geste du peintre, elle perpétue à l’infinie également le geste d’écriture. Frontières. Frôlement des frontières. Car l’artiste jongle avec les mots, écrit des textes, des poèmes, invente des titres fabuleux et un vocabulaire de symboles similaire à celui de la psychanalyse ou des différentes religions. Syncrétisme donc, chez cette passionnée de  bouddhisme,  qui utilise à la fois l’ordre plastique, littéraire et poétique et ose ainsi porter toujours plus loin l’héritage du surréalisme. Comme disait Henri Michaux à propos de l’oeuvre de Paul Klee  “Pour entrer dans ses tableaux… Il suffit d’être l’élu, d’avoir gardé soi-même la conscience de vivre dans un monde d’énigmes, auquel c’est en énigmes aussi qu’il convient le mieux de répondre”.     

C’était lors de l’exposition “Rebecca Horn”, Carré d’Art - Musée d’art contemporain de Nîmes, Place de la Maison Carré, 30031 Nîmes en 2000.

 

Les vibrations, les murmures et les étincellements de l’oeuvre de Rebecca Horn se poursuivent dans sa peinture et ses dernières sculptures créees pour l’exposition dans sa nouvelle galerie, la galerie Lelong. Ici, l’artiste nourrie de poésie et de philosophie a pris pour titre en filigrane le célèbre livre d’André Breton, “L”Amour cosmique-fou du faucon rouge”. Ses peintures apparaissent comme des jets d’encre et de sang. A voir absolument à partir du 14 mars.  

 

Exposition “Rebecca Horn”, galerie Lelong, 13, rue de Téhéran, 75008. Paris. Tél. : 01 45 63 13 19. Du 14/03 au 10/05.

www.galerie-lelong.com

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